La poésie pour adultes et pour enfants : le grand écart ?

par Carl Norac

Contenu de la matinée

 

On sépare de manière très tranchée la poésie pour la jeunesse de celle publiée en littérature générale.

Celui qui emprunte ces deux chemins à la fois est d’emblée défini comme « un poète aux deux visages ».

Qu’en est-il vraiment de ce grand écart prétendu ? Quels pourraient être au contraire, dans notre monde d’aujourd’hui et dans cette urgence poétique, ces liens indéfectibles et nécessaires qui les relient ? La poésie, par essence, « sera en avant », écrivait Rimbaud : sa vocation est de transcender les âges, d’échapper enfin à tous les tiroirs où certains prétendent toujours la contraindre. Comment, à l’école, la partager au-delà de la récitation, en donner le goût, la défendre en ce qu’elle apporte à l’enfant par le sens comme par la musique, sans rien édulcorer ?

Une conférence sur ce sujet qui donna lieu à l’édition d’un essai permettra d’engager un dialogue profond sur ce sujet, partager nos trouvailles et nos expériences.

« Voici un manifeste contre les tiroirs, ceux où l’on range toujours à part la poésie pour les adultes et celle destinée aussi aux enfants. Par essence, la poésie échappe à tout ce qui l’enferme. Comme l’oiseau qu’on voudrait saisir, mais qui nous glisse des mains, qui aura toujours cette seconde d’avance. Aujourd’hui, je voudrais vous exprimer, non pas vraiment une colère, mais la lassitude de clichés attendus, de fausses vérités qu’il faut pouvoir contester dans le présent et effacer pour l’avenir. Tout ce que je vous dirai, à travers mes propres chemins, mes ateliers et à la croisée d’autres œuvres que j’aime, ira dans le sens de casser ce discours bien rôdé qui, par exemple, voudrait qu’un poème pour enfants soit forcément rimé, simplissime et prendre la forme de la comptine.

Pourquoi les poètes s’adressant prétendument à ces deux publics distincts ne se connaissent-ils même pas entre eux ?

Pourquoi la poésie qui s’adresse aux enfants devrait-elle être considérée comme fabriquée et sage, pour ne pas dire mièvre?

Pourquoi un auteur qui s’adresse aux deux publics est-il d’office considéré comme « un poète aux deux visages » ?

Dans sa multiplicité absolue, la poésie est une et indivisible ».

 

 

La matinée se conclura pas une visite du salon du livre de jeunesse.

Poème pour l’enfant au bord d’une page

La poésie fait son nid d’une main à peine ouverte,
elle peut suivre les lignes de la paume
et aussi vivre dans un poing.
Elle est ce souffle inattendu qui patientait en toi,
ce temps posé sur l’instant, mais qui dure.
Si tu veux la dresser, change de livre,
délaisse les gens qui veulent la définir.

Elle aura toujours le coup d’aile d’avance
de l’oiseau quand tu veux l’attraper.
Un poème ne t’attend pas.
Il est là, même où tu l’ignores.
Il ne se veut pas forcément plus brillant
qu’une bruine qui s’amuse ou un soleil qui tombe.
Un poème ne fait pas pousser les fleurs :
c’est une parole entre deux lèvres
qui ne sauvera peut-être pas la Terre,
mais qui s’entendra,
se fendra d’un aveu, d’un amour, d’un combat.
Elle chantera encore quand d’autres s’agenouillent
ou s’enfuient devant la foule des bras tendus.
Aujourd’hui, tu vas écrire, me confies-tu.
Alors, vas-y, jette-toi dans la beauté.
Je te regarde : ce matin, tu te sens si poème
que tu crois pouvoir toucher,
pour dire le monde,
l’infini d’une seconde.

Modalités d’inscription

Priorité aux professionnel.les du livre de jeunesse, aux médiathécaires et aux enseignant.es documentalistes.
Ouverture possible au tout public en fonction des places disponibles.

Accès gratuit, sur inscription à coordination@sljeunesse.fr ou au 01 64 55 10 14.

Informations pratiques

Jeudi 9 mars 2023 , de 9 h 30 à 12 h 30.

Auditorium du Centre culturel des Prés-du-Roy, 34, route de Leuville 91180 Saint-Germain-lès-Arpajon.