Si on chantait est un roman qui fait du bien à maints égards, à l’image de ces comédies de Noël dont on pressent l’issue heureuse sans pour autant éviter de vibrer pour ses héros.

Chronique littéraire d’Elisa Brunet

Dans la forêt rouge est un album jeunesse co-écrit par les autrices américaines Chelsea Mortenson et Jen Rice. Il paraît en 2019 aux éditions La ville brûle.

Cet album jeunesse se distingue d’abord par son originalité dans la forme. Il repose sur un dialogue entre un petit ours prénommé Nesta et le jeune arbre Sosna. Un échange inédit, voulu par les deux autrices pour expliquer au jeune lectorat les conséquences de l’activité humaine sur l’environnement. Comme le montre la destruction massive des forêts après l’explosion du réacteur n°4 de la centrale nucléaire soviétique de Tchernobyl en 1986.

Ce livre souhaite ainsi interpeller et sensibiliser la jeunesse sur les méfaits de l’Homme dans le cadre naturel et réel de la forêt de Pripiat. Comme le précise le paratexte présenté en fin d’ouvrage pour une meilleure compréhension du récit : « Après l’explosion du réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, les arbres de la forêt de Pripiat, située au cœur de la zone interdite sont devenus rouges ». Le titre Dans la forêt rouge renvoie à l’irradiation de la forêt dont les arbres, contaminés par la catastrophe, ont pris cette couleur après leur mort. Le rouge est l’expression « mortifère » de l’absorption d’éléments radioactifs par la végétation, du poison invisible qui se répand jour après jour.

Mais l’album est aussi l’apprentissage à la jeunesse de ce qu’est le devoir de mémoire. Sosna, jeune et bel arbre, est ignorant car il oublie ce que ses ancêtres ont subi. Avec pour résultat des milliers d’arbres morts et ensevelis sous terre par les hommes après la catastrophe nucléaire. C’est un devoir de ne pas oublier et de témoigner comme le rappelle ce dialogue. Mais les autrices ont choisi d’aller au-delà des mots pour cette rencontre entre l’animal et le végétal. Comme en atteste le choix de la technique illustrative. Également artiste plasticienne, Chelsea Mortenson a opté pour une impression originale en xylogravure, procédé de reproduction qui fait appel à la technique de la gravure sur bois. Ce choix ne relève pas du hasard. Avec cette technique peu courante dans la littérature jeunesse, Chelsea Mortenson rend hommage à tous les arbres meurtris de la forêt de Pripiat. Elle fait écho à leur souffrance. Avec des gravures colorées et vives, réalisées sur du bois de pin, c’est tout l’environnement naturel et l’essence même de l’ouvrage que le jeune lecteur a en main.

Dans la forêt rouge est donc un récit puissant destiné à la jeunesse. Un ouvrage qui, au travers d’un dialogue inédit entre un animal et un arbre, nous invite à prendre la mesure du pouvoir destructeur de l’Homme.

Dans la forêt rouge, Chelsea Mortenson et Jen Rice, La ville brûle, 2019

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